Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/10/2016

Michel Couturier, Poésie complète

            SCAN1265.jpg

 

   Éditer un poète peu connu et disparu depuis trente ans est une aventure : Michel Couturier (1932-1985) avait publié des poèmes dans la revue Siècle à Mains et quelques minces recueils, tous à peu près inaccessibles, De distance en château (Siècle à Mains, 1964), L’ablatif absolu (Maeght, 1975), Constante parité (1976, Le collet de Buffle) ; Lignes de partage (1985, id.) est posthume. L’ensemble est repris dans le volume et Marie de Quatrebarbes, qui l’a construit, a ajouté un inédit, Ès (1982, dans Banana Split). On lira dans Sitaudis (22 avril 2016) son entretien avec Émmanuèle Jawad à propos de la parution de L’ablatif absolu ; y sont relatées les étapes de la construction du livre et des remarques sur le rapport de Couturier à l’écriture.

La postface de Jean Daive, qui a bien connu Couturier, apporte des données utiles pour situer le poète dans son temps ; il précise notamment ses liens avec Claude Royet-Journoud et Anne-Marie Albiach et leur influence, avec qui il édita à Londres la revue Siècle à mains, et il évoque également ses travaux de traducteur de poètes américains, d’abord de Burn Singer, puis surtout de John Ashbery.

   Comme d’autres lecteurs sans doute, j’ai lu pour la première fois Michel Couturier dans sa préface à Fragment, Clepsydre, Poèmes français d’Ashbery (1975) qu’il avait traduit pour la collection ’’Fiction & Cie’’ de Denis Roche. Hors ce qu’il écrivait du poète américain, m’avait retenu la forme de quelques-unes de ses phrases, riches en subordinations successives qui demandaient un retour à leur début. Cette étirement du discours est présent surtout dans les derniers poèmes, au point que la syntaxe est brisée, qu’il est difficile, voire impossible, de reconstruire la phrase : il y a là un « parcours comme une ligne mélodique », écrit Couturier dans Lignes de partage. Pour Jean Daive, les « mots prétendent à une gamme, une vocalisation ou phonation qui est imposée tout d’abord à la voix, ensuite à la lecture sinon au regard. » Donc, phrase suspendue, vers éclatés, et refus de présenter un sens — d’où ici une parenthèse vide, là des vers s’ouvrant par « que qui » sans qu’il soit aisé de retrouver un fil, ou simplement un vers en anglais.

   Le refus d’un sens donné est manifeste dès les premiers poèmes publiés (De distance en château), certains vers étant d’abord fondés sur le son : « Tébréo Téréoté / Toré aussi To / Toro alor / d’épée chur au pays d’é ». Parallèlement, la réalité n’est pas abandonnée, avec le nom d’une rue de Londres (Aschurch Grove), ni les formes classiques du vers : se maintient la majuscule en début de vers et plusieurs poèmes gardent un nombre à peu près régulier de syllabes, autour de 12 ou de 10 ; mais les poèmes s’éloignant de toute narration, les vers n’ayant pas (ou fort peu) de relation de sens entre eux. Quand un récit s’amorce avec une entrée comme « en cette vie-là », toute suite est interdite, l’énoncé accumulant impossibilités sémantiques et phrase tronquée, comme dans : « je mendiais les amarres de l’ombre qui délivrée / disais-je d’un visage de haute laine ». Dans un poème où se développe le thème de l’orage, une image rompt le caractère presque convenu de la description :

Travaux d’approche des éclairs

Vers le point d’équilibre des orages

Qui leur permettrait d’agir

D’investir leurs genoux sur les vitres

 

   Si l’on excepte les poèmes en prose de Lignes de partage, brefs récits qui réalisent « le désir / de narration » et où un certaine lyrisme s’exprime avec la récurrence des mots sang et mort, couturier abandonne dans les poèmes en vers à partir de L’ablatif absolu les quelques règles qu’il avait suivies et s’accentue le caractère à la fois vocal et visuel du texte : mots à dire en respectant des silences — comme dans le chant— et disposition dans l’espace de la page qui figurent le mouvement de la voix. Le « je » affirme cependant sa présence ; Jean Daive rapporte que Couturier interrompait une remarque de Royet-Journoud en lui disant « Je continue ma lecture », phrase devenue vers, sibylline sans ce contexte. Il est présent autrement, avec la présence de l’Autre et sa disparition : « Il y a là des yeux très clairs / et qui s’éloignent / qu’il faut accepter de perdre ».

   Couturier est aussi dans ses poèmes par la langue qu’il utilise ; ici et là, il introduit des mots rares (« transfixer », « inaccouplé » — néologisme formé en 1845), archaïques (« infiguré »), des sens archaïques (« irréfragable » à propos d’une personne) et, surtout des vocabulaire techniques, ceux des mathématiques et de la grammaire. Il l’est encore par la récurrence de quelques mots, du premier recueil au dernier : « ombre » est le plus fréquent, comme s’il permettait d’exprimer « la perte de l’instant en un / mot ».

 

Michel Couturier, L’ablatif absolu, poésie complète, postface de Jean Daive, La Tête et les Cornes, 2016, 168 p., 18 €. Cette note de lecture a été publiée sur Sitaudis le 5 octobre 2016.

 

 

28/08/2016

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute

marie-bd.jpg.png

Savoir Être une femme

Psychologie féminine — Psychologie des femmes

Comment doit être une femme (Physiquement et moralement) pour…

Vidéos correspondant à comment être une femme

Comment (re)devenir 1 femme ?

Évidence : comment être un homme, comment être une femme

Comment être la femme qu’ils aiment — Love — Intelligence ?

« J’ai décidé de devenir une femme » — Agora Vox, le média citoyen

Comment être la femme parfaite — Questions/réponses ?

Comment être une femme au travail ?

Comment être une femme fontaine ?

 

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute, Lanskine, 2014, p. 43.

 

24/08/2016

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute

                                           2493305637.jpg

Café de la paix. Ici, tout va bien

le goût de rien, l’épée rentrée dans le thorax

j’ai la lèpre. Mais si, je vous jure : j’ai la lèpre

au point du jour, à point fermé le dimanche

je dors sous l’étendard, fait chaud là-dessous

 

Mon sommeil me murmure

« les mots sont importants »

on en discute avec les morts

jusqu’ici, tout va bien

 

Qu’es-ce que vous prendrez Mademoiselle ?

la nature est docile

cette façon délicate d’être soi-même

attentive aux gestes du détail

 

Je vis en rythmes économes

compte et recompte les boutons tombés du peignoir

j’ai été cette petite fille solitaire

la garder encore un peu près de moi

être pour elle la porte ouverte du château

enfermer ma jeunesse dans son cœur

une fois si vieille, peut-être

les retrouvailles rebattues

elles commencent ici pour nous

 

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute,

Lanskine, 2014, p. 64.

25/10/2015

Marie de Quatrebarbes, Les pères fouettards me hantent toujours

photo-1417278387-351067.jpg

 

10.

 

C’est en pleurant que la fille apprend à grandir

En attendant, elle se fane

 

Je t’ai servie dans son écrin mon rêve sur la table

Rosa la blonde est entrée, ou l’idiot de Shakespeare

Pour le moment je ne peux l’aborder

Les patates sont trop dures

Les haricots mous de l’Essonnne, vieille cochonne

Je demande deux heures de vie supplémentaires

 

Elle est ficelée au ruban, la cocotte

Vient manger les vacances, comme du vent les femelles

Mise en bière de celui qui voudrait ligoter

Des esprits vengeurs et déesses ruissellent

Le pigeon mort ou vif me regarde descendre

Pique du nez dans les herbes froissées

 

Et mon sourire gît là, n’émouvant plus personne

 

[...]

Marie de Quatrebarbes, Les pères fouettards me hantent toujours,

Lanskine, 2012, p. 43.

16/10/2014

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute : recension

La vie moins une minute.jpg

 

  La vie moins une minute (vers d'un des poèmes) s'ouvre par une allusion au conte de Perrault, Barbe Bleue : c'est l'annonce de deux récits, vite mis en place et que l'on suit dans les trois parties du livre, celui d'une enfance dans une famille, celui d'une histoire amoureuse. Les deux récits, source d'autres histoires esquissées et presque aussitôt interrompues, s'entrecroisent, l'un appelant l'autre, au point qu'on ne peut toujours démêler les fils tant des éléments de l'un sont enchâssés dans l'autre.

   Le conte de Barbe Bleue réapparaît de manière allusive avec l'introduction du placard, celui qui  ne doit pas être ouvert, mais, parodie, si la narratrice pousse une porte, contrairement à l'épouse curieuse du conte, elle précise : « Avant de sortir, j'ai veillé à tout remettre en ordre ». Le conte est encore présent, avec insistance, par le rappel du contrat : « C'est un contrat, et si on le rompt on ne lèse que soi » ; et la contrainte, édictée ici par la narratrice, devient dans le couple une condition de son équilibre, et même de son existence : « Tu accepteras mes mystères et j'accepterai les tiens », la règle pouvant d'ailleurs être jouée: « je te dis rien, je te dis tout ». Le conte est également présent dans le récit de l'enfance, puisqu' « on invente des histoires pour les derniers petits », et  c'est l'enfant qui réclame la suite de l'histoire avec son insatiable « et après ? ». La demande d'une suite de l'histoire se dit, peut se dire ailleurs, partout identique expression du désir de savoir : « What happens next ? » ; mais la formule "et après", reprise dans un autre contexte, signifie alors "qu'est-ce que ça fait ?", non plus tentative de se satisfaire mais mots de la désillusion. Enfin, le conte entre dans le récit amoureux avec le "Il était une fois", qui associe dans un poème Valentine et Sade ; dérision peut-être de la saint Valentin, et le divin marquis se trouve à l'aise puisqu'il est question de sodomie et de femmes dans les égouts.

   Les éléments de récits, dispersés, seraient à associer par le lecteur, sans à vrai dire qu'il puisse reconstituer une histoire cohérente ; c'est heureux, nous ne sommes pas dans la représentation et il suffit de repérer des bribes, depuis les lieux communs revisités, attachés aux discours sur l'enfant — bébé a peur et a faim, mon enfant ne mange pas (« il faut manger si on ne veut pas finir crevée ») —, jusqu'à la présence de « maman », la découverte de la manière dont sont conçus les enfants, la passage de l'état de petite fille à l'adolescence et à l'amour. Rien de linéaire : si la narratrice semble revenir sur une enfance dans la seconde partie (titrée "Looping", donc suggérant un retour, un renversement de perspective) : « j'ai été cette petite fille solitaire », la dernière partie retourne à l'enfance, d'où vient le titre du livre : « l'enfant bascule, tête en avant / plus rien dire sinon la chute / la vie moins une minute ». 

   La sortie de l'enfance, c'est la rencontre de l'amour ? Sans doute mais, pas plus que ceux relatifs à l'enfance, les fragments d'une histoire amoureuse ne se prêtent à une reconstruction linéaire, ne serait-ce qu'à cause de la difficulté de passer, d'un poème à l'autre, d'un narrateur féminin à un narrateur masculin. Mais c'est surtout qu'aucun récit amoureux ne peut trouver un ordre sans réponses aux questions posées à la fin de la première partie : « Comment faire pour vivre ? [...] Comment faire pour vivre à deux ? » et « Comment (re)devenir 1 femme ».  Il y aura donc l'amour réalisé (« j'ai fait tomber ma pudeur aux oubliettes »), les « amours déchues », l'amour-toujours, les étreintes (« prends-moi dans tes draps ») dont on ne peut dire qu'elles ne sont que corps en mouvement : « claquements et rythmes / éphémères et pourtant » ; il y a aussi le passage de « l'amour : un » à « maintenant il est deux » (p. 69), et l'ironique « belle comme un os à moelle ». Tout cela, brisé, elliptique, avec retours et contradictions, restitue quelque chose de la "vraie" vie, bien mieux qu'un récit ordonné.

   Au désordre, aux croisements et superpositions des récits, il faut ajouter d'autres fils, par exemple celui des lectures qui s'introduisent dans les vers. On reconnaîtra par exemple le cimetière marin — associé aux vagues et aux varechs — ou Hawthorne avec la maison aux sept pignons, ou Liszt avec la rhapsodie en do, etc. On lira aussi, dans le poème qui ouvre la seconde partie, une manière d'hommage à Rimbaud : ici, le titre "Dingo" et le vers « Je commençai par les hallucinations olfactives », évoquent « L'histoire d'une de mes folies » et « Je m'habituai à l'hallucination simple » de "Alchimie du verbe". Autre rencontre ? On se souvient que, dans "Après le déluge", on lit « le sang coula, chez Barbe Bleue ». Une autre relation, celle-là constante, est celle à Lewis Carroll ; Marie de Quatrebarbes retrouve la grâce des énoncés nonsensiques, en faisant se succéder des vers que le lecteur ne peut assembler pour construire un sens, comme « si monsieur Smith voulait bien me la faire / du savon noir pour récurer » ; on verra là aussi une manière de poser la question du vers, mais laissons ce problème de côté. Nombreux aussi les énoncés dans lesquels s'introduit un vers qui rompt la lecture : « des plaisirs immédiats / elle joue son ombre / sont ceux de la chair et c'est tout /» (souligné par moi). D'autres ruptures contribuent à détruire, ou gêner, le rassemblement des bribes de récit, ce sont les jeux de mots de toutes sortes trop nombreux pour qu'on les rassemble ; jeu sur l'homophonie (« l'anneau se ressert autour du doigt », passage de "de ses seins" à dessin"), l'inversion (« fait des claques et des têtes à bulles »), la polysémie, y compris en anglais (« sheath », signifiant "préservatif" et "vagin"), la variation sonore (« ça décapite .../  ça décapote ... / çadécapsule »), etc.

   Que conclure d'une lecture réjouissante ? La vie moins une minute confirme la maîtrise de la langue, le souci de construction d'un ensemble, le goût du récit et l'humour que l'on reconnaissait dans les livres précédents (1) de Marie de Quatrebarbes.

_______________________________________________

(1) Les pères fouettards me hantent toujours (Lanskine, 2012) et Transition pourrait être langue (Les Deux Siciles, 2013).

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute, Lanskine, 2014, 14 €

 

27/09/2014

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute

                  images.jpg

I. Ça caille les belettes

 

Petit un

 

Bonjour barbe bleue comment vous dire ?

papa, maman, c'est papy Jeannot au téléphone

mais je pense qu'il pense à moi

 

Boule de suif est ta gueule et je l'emmène loin dans la mienne

grande gueule, hein !

 

Tu peux aller y boire, petite endive

étanche ta soif au goulot de la bourse ou la gueule

vous êtes pareil

c'est peine perdue

 

                                      *

 

Bonjour barbe bleue comment vous dire ?

papa, maman, c'est papy Jeannot au téléphone

 

Il faut se couper les ongles, si on peut

il faut manger si on ne veut pas finir crevée

allongée en travers de la route

 

Peuh peuh peuh, dit la chinoise comme sourde

 

Tout t'excite

les bulles de savon

les rotules du pâtissier

les mains dans la glaise

une fois même, tu lèches le canapé

est-ce normal ?

o est le frisson ?

 

[...]

 

3. Sinon violette

 

Gratte-couille, pêche merle

violette sinon la perle

on ne va pas rester cinq minutes

comme ça perchée, musée du vin

petit musée, tourneur du vent

au revoir les magazines, frictions légères

printemps (été) où tu étais

dis-moi toujours, poussée violente

je vous connais sinon violette

dans le moussu, contrebandières

moisson girofle ça carabine

ou bien cliché petite chair

nuance givre : couleur papier

 

Marie de Quatrebarbes,  La vie moins une minute,

Lanskine, 2014, p. 11, 12, 73.

14/10/2013

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute (dans Rehauts)

 

marie de quatrebarbes,la vie moins une minute (dans rehauts),enfance,petite fille

La vie moins une minute

 

Note sur le livre mon poussin

Jamais la faute des petites filles

Pas course folle dans le jardin

Fanchon souillon, dans la cuisine

Et la main se signe, et la petite abeille butine

Le cul arqué dans le creusé des guêpes

 

Fragile poupée, fusée, gommette

Venir doucement, petite fille de six

En situation d'extrême

Limite. Va, jure, viens.

 

                 *

 

Liquide si ses lèvres, peau, écorce

S'ouvraient sur une syllabe unique

Ou bien frayer, peut-être avec l'ongle

L'amour défendu sans sourire

 

Elle n'en prend pas la mesure

Repère la question hors la phrase

Rejoint le son qu'il a fait en tombant

De la table au sol et du sol au miroir

Elle veut bien qu'on lui dise au revoir

N'a de remords que ceux qu'on lui laisse

Que je devine, la circonstance

Frôlements en dessous des chemises

Retour des dents.

 

Marie de Quatrebarbes, La vie moins une minute,

dans Rehauts, n°31, avril 2013, p. 58 et 60.

 

Marie de Quatrebarbes a publié Les pères fouettards

 me hantent toujours (2012, éditions Lanskine) et Transition

                                     pourrait être langue (2013, éditions Les Deux-Siciles)

21/09/2013

Marie de Quatrebarbes, Transition pourrait être langue

imgres.jpeg

Comme ça remue, l'herbe

les feuilles tombelottent nos archives

le grand vent tonne

                              apparemment

                                                   dans sa mouillure

 

Allons allons, comment va ta façon ?

« allégeons, allégeons »

allongez-vous près de moi

ça bouge l'herbe

 

Aujourd'hui : trombes noires

votre faculté à mourir, allongez-la

le vent grondelotte sous l'arbre mort

des feuilles bougent dans mon dos

ombres et jaunes.

 

La différence, ne la pense pas

de sorte que d'être toujours en mouvement

ne se pense pas

 

                                   *

 

Ce savoir condamne

celui qui le destine

comme courir, tête livrée

la pluie frappe sans interruption

 

Dehors les interstices

trop court l'instant

                              ne s'entend pas

 

Marie de Quatrebarbes, Transition pourrait être langue,

peintures de Michel Braun, incursion de Caroline

Sagot-Duvauroux, Les Deux-Siciles, 2013, p. 34-35.

 

 

12/12/2012

Marie de Quatrebarbes, Les pères fouettards me hantent toujours

Marie de Quatrebarbes,  Les pères fouettards me hantent  toujours, des trucs, la vie ordinaire

12

 

On se vêt et dévêt, des matins gris

Il y a des trucs que tu laisses en bas de la page

Tu jettes l'eau de la casserole, mise à sac

 

On ne pourrait pas se comprendre, s'appesantir

On dirait « il y a des trucs qui traînent un peu partout »

Un froid me mange, fait battre mes paupières

Comme dans le vent, coller au bout des doigts

 

Nous sommes dix en un même cœur

 

 

« Il est où l'animal »La fille entraperçue

Elle est passée à l'orange, quand le feu est arti

Et c'est bien ça la vie un long bruit de succion

Trace sur la longueur, votre bouche ovale

Que l'altitude relève les saveurs

 

Les caresses ne laissent jamais de traces

Et si je tourne la page, elles retombent

Du peu de vie au prix des confitures

 

Il a la dent dure et mes nuits sont trop courtes

Je me lève le matin pour tout recommencer

Mon corps s'étiole, les deux morceaux scintillent

Ma poitrine se soulève, une main dans l'été

 

J'allais les bras ballants sans le vouloir

La torsade du temps me rappelle aux ondes noires

 

 

Je ne pensais pas découvrir

Ce que rencontrant, comprenant

À quel point fort lorsqu'immanent

Loin de s'abattre comme un jugement

Il se construit au gré du vent

Comme un tout petit enfant

 

Marie de Quatrebarbes,  Les pères fouettards me hantent

toujours, Lanskine, 2012, p. 48-50.